Andrey Erchov: Pendant que nous pouvons nous rendre utile, il faut le faire
Parmi tous les metteurs en scène qui ont présenté leur candidatures pour la réalisation de la télé-réalité «Doctor Life», c’est lui que professeur Nazaraliev a choisi. Comme il l’expliquera plus tard, pour une raison très simple: «Il ne se plie pas aux standards, ce qui veut dire qu’il est une personnalité». En cet habitant de Moscou docteur a vu un jeune homme ambitieux, extrémal et capable de prendre certains risques. Quelles difficultés a-t-il rencontré pendant le travail, qu’est-ce qui est resté hors du film et y aura-t-il une deuxième saison, Andrey Erchov nous en parle lui-même.

Sur quoi avez-vous travaillé avant «Docteur Life»? On a eu l’information que votre lieu de travail c’était la chaine de télévision NTV. Vous en êtes parti? Les restructurations à la chaine vous ont-elles influencé?
- Avant «Docteur Life» j’avais déjà réalisé des projets indépendants. J’ai quitté NTV en avril 2011, avant que les restructurations commencent, elles ne m’ont absolument pas influencé. Au total j’ai travaillé pendant environ 8 ans dans la direction de la diffusion primaire.
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«Au départ c’était très difficile. Les caméras sur lesquelles nous comptions ne possédaient pas les fonctionnalités annoncées». |
Par quoi le projet vous a-t-il intéressé au point que vous avez quitté le travail à Moscou et parti à Kirghizstan pour presque trois mois? Qu’est-ce qui vous a motivé? Surtout qu’on sait que vous n’avez jamais été confronté au problème de la toxicomanie auparavant.
- Au moment de recevoir cette proposition je m’occupais des projets, des films isolés. Et pendant qu’on en discutait j’ai terminé toutes mes affaires et j’ai commencé la télé-réalité. Je ne peux pas dire que j’ai sacrifié quelque chose. J’ai pris ma décision, cela m’intéresse. C’est le premier projet de ce genre dans le monde. On peut appeler cela le prestige intérieur, il n’y a pas de doutes que je l’ai fait pour ma vanité propre et que c’est une expérience extraordinaire. J’ai formé l’équipe, je n’ai encore jamais eu l’occasion de le faire à une telle échelle.

Les principales difficultés que vous avez rencontrées pendant le travail? Comment faisiez-vous pour coordonner les tournages et le montage parallèlement?
- Nos caméras nous ont vraiment mis en difficultés et nous travaillions dans des conditions vraiment critiques. Idéalement tout devait se passer comme ça: on recevait l’information des caméras qui est aussitôt envoyée au studio de montage par le réseau, et ensuite au studio le montage se réalise. Nous avons rencontré un énorme problème de synchronisation de son, qui s’enregistrait séparément, et de la vidéo. Cela consommait énormément de temps. Ce n’est qu’un peu plus tard nous avons trouvé un schéma qui fonctionnait plus ou moins bien. Au départ c’était très difficile. Les caméras sur lesquelles nous comptions ne possédaient pas les fonctionnalités annoncées. Cela a entrainé toutes les difficultés.
On se souvient que tout au début vous vouliez minimiser votre communication avec les participants et essayer de ne pas influencer le déroulement, à quel point avez-vous réussi? Pourquoi il a fallu avoir une discussion avec l’Italien par laquelle vous avez provoqué la colère générale?
- Quand on commence un projet, on le planifie d’une certaine façon, mais on réalise que tout ne peut pas toujours se passer comme prévu. Là, tous les participants se sont comportés comme une équipe, à quoi nous ne nous attendions pas vraiment. Nous ne pensions pas qu’ils allaient être aussi soudés, se soutenir mutuellement. Et donc, nous ne devions pas communiquer avec eux. Pourquoi on en est arrivé là? Parce que je crois que ça devait arriver pour une raison simple. Les jeunes devaient réaliser leur responsabilité pour eux-mêmes. Nous voulions leur rappeler qu’ils sont venus ici sauver leurs vies et que tout cela était très sérieux. Ce que l’Italien a fait, dans les conditions de la clinique s’appelle trahir la confiance. Dans tout autre cas les médecins l’auraient viré de la clinique. Il ne faut surtout pas toucher à la drogue. Si tu l’as fait, c’est ton choix. Et ils étaient avertis. Mais une fois c’était clair qu’ils ne l’ont pas pris au sérieux, il a fallu mettre de la pression à fond pour qu’ils réalisent qu’ils sont en danger. Que leur traitement est en danger. C’est pour ça que j’ai provoqué tout ce bruit. En gros, je voulais leur faire peur. Et c’était juste. Pour provoquer des réactions plus vivantes, pour réveiller leur envie de se soigner. Après il y a eu un couple d’autres discussions. Nous nous rendions compte dès le départ qu’un animateur était nécessaire. Une personne qui serait une sorte d’intermédiaire entre les médecins, l’équipe de jeunes et les téléspectateurs. Évidemment, j’ai essayé de faire des tests dans ce domaine. Manque d’animateur, je l’ai fait moi-même. Juste pour comprendre au cas où il y aurait une deuxième saison, comment devra se comporter l’animateur, qu’est-ce qui peut toucher ces personnes-là. C’est un essai pur et dur. On partait de ce qui se passait à la clinique. On n’imaginait rien exprès.

| «Nous avons eu la possibilité et le plaisir d’observer comment les gens oublient ce pourquoi ils sont venus ici, commencent à parler des plaisirs et autres…» |
Pourquoi vous ne laissiez pas les participants faire les commentaires sur des évènements courants devant les caméras? Pendant tout le projet nous n’avons que très peu entendu leurs opinions.
- Si, nous leur avons permis de commenter les évènements, et même beaucoup. Mais ces interviews n’ont pas fait partie du film après le montage final car n’avaient pas d’intérêt dramaturgique pour la télé-réalité. Tout de quoi ils se souvenaient, c’était comment ils se sentaient, ils étaient concentrés sur les sensations suite au traitement. Ces sensations se rassemblaient beaucoup. Nous avions suffisamment de cette information-là même sans les interviews. Il n’y avait pas le temps pour montrer leurs positions humaines, ce qui est tellement intéressant dans une télé-réalité. Cela nous a permis de faire une conclusion pour l’avenir que, bien sûr, ce que nous n’avons pas fait à cause du budget restreint, et ce que nous devrons absolument faire avant tout, c’est de compléter progressivement des groupes de participants par 5. Pour qu’ensuite ces groupes soient confrontés à des gens qui ont déjà réalisé une partie de traitement, pour qu’ils communiquent à des niveaux différents et se sociabilisent. Leur donner plus de possibilité déjà pendant le traitement de communiquer avec d’autres personnes. Là, aussi, il y a eu des difficultés. À la clinique il y avait un étage. Mais on ne pouvait montrer personne de cet étage. Mais ils avaient de bonnes relations, très intéressantes. Ils s’accrochaient aux participants, mais en même temps ils ne laissaient pas les filmer. C’est une question délicate. La grande majorité des toxicomanes, dans 99% des cas ne souhaitent pas que les gens sachent qu’ils sont toxicomanes et sont en train de se soigner. De plus, ces personnes ont payé pour leur traitement. C’était donc, problématique.
À quel point le projet a réussi à montrer la réalité? Comment évaluez-vous son succès?
- Pour dire franchement, on l’a réussi assez doux, car en réalité tout est et doit être un peu plus dur. Nous avons eu la possibilité et le plaisir d’observer comment les gens oublient ce pourquoi ils sont venus ici, commencent à parler des plaisirs et autre, ils ne sont pas concentrés sur la raison principale de leur traitement et de leur séjour à la clinique. Ils commencent à se distraire, et ce n’est pas bien. Nous pouvons voir, par exemple, dans d’autres télé-réalités, où quelqu’un survit qu’ils n’ont aucune possibilité de se reposer. S’ils sont venus et doivent accomplir une mission ou une tâche, ils le font. Il y a des conditions. À la clinique aussi il y a des conditions. Pour les médecins c’était difficile également. Ils étaient en permanence sous les yeux des caméras. C’était une première grande expérience de travail avec la télévision dans leur vie.

Beaucoup d’attention d’épisodes a été accordé à la première étape de traitement, à quoi c’est lié? Parce qu’il y a eu un déséquilibre et à partir de 7me-8me épisode il semblait que le projet patinait.
- À mon avis on a accordé plus d’attention à l’étape médicamenteuse justement à cause de sa longueur. Il durait trois semaines, plus que les deux autres. C’est une vie entière. C’est là qu’on devait voir comment ils sortent de ce qu’on appelle le manque. Nous étions obligés de recourir aussi à des caméras portatives, ce qu’on ne comptait pas faire au départ. Il est possible qu’à cause de cela il n’y ait pas eu trop d’action. Et aussi probablement parce qu’ils communiquaient peu et nos possibilités étaient restreintes à cause du son et autres soucis. C’est un problème purement technique.
| «Notre but n’était pas de voir comment ils s’accouplaient. Pourquoi en ce cas-là ne pas mettre des caméras dans les toilettes et la douche?» |

Cette semaine sort le dernier épisode de la télé-réalité, est-ce que votre travail se termine là-dessus?
- Pas encore, parce que nous allons rencontrer les participants dans leurs villes, voir comment ils se réhabilitent, comment ils s’intègrent à la société. Ce sera probablement des voyages isolés. Il y aura la promotion de ce projet, il deviendra peut-être plus important. Évidemment, nous sommes intéressés actuellement dans des personnes qui pourraient le financer. Pour que dans l’avenir il y ait plus de personnes sélectionnées selon des critères particuliers. Il est clair qu’uniquement ceux qui ne peuvent pas payer beaucoup d’argent pour le traitement auront cette chance. La sélection se fera également au niveau de l’analyse des patients, psychologique, mais pas seulement.

Vous avez sympathisé avec quelqu’un des participants? En qui croyiez-vous?
- Ce n’est pas un secret, que ce sont Anatoly et Andrey qui se sont montré le mieux. Je m’inquiétais pour eux. J’ai une attitude compliquée envers Irina. Elle est quelqu’un de très fermé. On a l’impression qu’elle n’a pas besoin qu’on la soutienne. Elle ne laisse personne entrer dans sa vie. Quand je l’ai interviewé encore à Moscou, j’ai essayé de l’approcher avec la compassion, mais elle n’accepte catégoriquement pas le soutien, même pas à un niveau non verbal. Je respecte Anatoly parce que c’est un homme. Krochanov est un gentil garçon. Il s’est juste mis dans un gros pétrin. Que Dieu l’aide à s’en sortir, bien sûr.
Il n’est pas exclu que beaucoup de choses sont restés hors du film. Pouvez-vous nous dire qu’est-ce qui n’a pas été montré aux spectateurs et pourquoi?
- La scène où Anatoly et Ekaterina font l’amour, n’a évidemment pas été montrée. C’est personnel. C’était plus ma décision. Notre but n’était pas de voir comment ils s’accouplaient. Pourquoi en ce cas-là ne pas mettre des caméras dans les toilettes et la douche? C’est peut-être intéressant aussi. Mais dans quel but? On devait se concentrer sur autre choses dès le départ. Si on aurait travaillé uniquement pour l’auditoire, c’est ce qui serait sans doute passé. Peut-être à cause de l’attitude personnelle. On n’avait pas envie de profiter de la confiance des gens. Là-dessus il ne faut pas céder à l’envie de la foule. Il n’y a pas eu de bagarres. Ils n’avaient rien à se partager. Quand on leur mettait des pampers, on ne montrait pas non plus. À mon avis, ce n’est pas intéressant tout ça. Comment ils ont grandi du point de vue humain, ça c’est intéressant.

Vous avez acquis quelque chose sur le plan professionnel?
- L’expérience de diriger une grande équipe. Beaucoup d’expérience de révision, de construction. J’ai dû faire des choses différentes. Qui concernent tous les aspects, j’ai touché à tout. Je me suis occupé un peu de tout, j’ai beaucoup reçu. Au moins j’ai vu qui étaient ces gens, parce que tant que le problème ne te concerne pas, tu n’y penses pas.
Si on vous proposait de lancer un autre projet similaire, vous seriez d’accord et pourquoi?
- Si toutes les conditions nécessaires pour cela sont réunis, pourquoi pas?! Pour que le projet se développe, encore une fois. Des projets sur son développement existent. Et nous allons tâcher de les réaliser, il faut le faire. Pendant que nous sommes vivants, pendant que nous pouvons nous rendre utiles, il faut le faire. Parce que le temps passe.
Commentaires:
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Paul 05.12.2012, 14:14
Est-il un épisode que vous préférez plus?223 166 -
Justine 04.12.2012, 14:10
Avez-vous connu bien le sujet de la toxicomanie avant le projet? -
Lucie 03.12.2012, 19:05
Ça vous a plu le travail dans ce projet?



















